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Je vous propose ici de faire un petit détour... Si vous en avez le temps, laissez-vous entraîner dans cette intrigante déambulation.

Impératifs d'un passé composé

Vous vous êtes finalement décidé à franchir la porte de sortie. Combien de temps êtes-vous resté à l’intérieur ? Vous n’en êtes plus très sûr. Dans votre tête, le temps semble s’être arrêté, comme les aiguilles de cette montre que vous avez pu voir à l’intérieur. 11H02. L’heure qu’elles indiquent ne changera plus ; pourtant, par précaution, vous n’avez pas seulement enregistré cette image dans votre mémoire mais aussi dans celle de votre appareil photo.

Dehors, une légère brise vous rappelle que la mer n’est pas très loin. Comme d’habitude, le climat est plutôt doux : le soleil vous prend dans ses bras pour vous réchauffer un peu, mais ne vous étreint pas au point que vous ne puissiez vous en dérober. L’atmosphère du dehors contraste avec celle du musée que vous venez de quitter, un peu comme si tout ce que vous veniez de vivre n’avait été qu’un mauvais rêve.

En prenant le tramway qui vous ramène en ville, l’image de cette montre s’estompe et le temps redémarre. Tout autour, les collines découpées ne cessent d’imposer de nouveaux rythmes à vos yeux. Voilà un terrain qui doit être bien pénible pour un géant. Vous comprenez alors de moins en moins pourquoi celui que l’on surnomme « Fat Man » (1) a voulu poser le pied ici.

La seule chose que vous comprenez, c’est pourquoi les habitants de cet endroit mélangent si souvent le vert et le bleu. Où qu’ils aillent, le ton scintillant des reliefs se retrouve piégé entre ciel et mer. A ce tableau viennent s’ajouter les teintes blanchâtres de la ville qui, bien que plus fraîche que le reste de la toile, n’en brisent cependant jamais l’harmonie.

Le tramway pénètre maintenant dans le cœur de la ville. De retour à notre époque, vous constatez que le temps avance désormais bien rapidement. Puisqu’il est resté gelé à 11H02 par le passé, il est normal qu’il aille un peu plus vite pour rattraper son retard, pensez-vous. Mais le présent semble déjà dépassé. A voir tous ces hommes en costume qui circulent, ces bateaux qui arrivent et repartent du port, vous comprenez que l’endroit bouillonne au moins autant que certaines sources volcaniques de la région.

Contacts et impact

Arrivé au sud de la ville, le tramway n’ira pas plus loin : il faudra continuer à pied. Vous n’êtes pas tout à fait chez vous et pourtant, vous ne vous sentez pas tout à fait étranger non plus. L’architecture, tout d’abord, vous est familière. Ici, une église chrétienne vieille de près d’un siècle et demi, seul bâtiment d’allure européenne à avoir été désigné trésor national. A la fin du XVIème siècle, vingt six personnes furent crucifiées à cet endroit en raison de leurs croyances. A quelques pas, cette somptueuse bâtisse de type géorgien, bien que construite durant l’époque victorienne (2). Elle appartenait à un riche entrepreneur écossais. Plus loin encore, ce quartier dans lequel sont venu s’installer tant d’Européens – en particulier des Hollandais – à partir de 1854.

Il faut bien avouer que l’histoire de cette ville est en grande partie liée à l’étranger. Devenue port florissant sous l’impulsion des Portugais au XVIème siècle, elle fut d’ailleurs la seule à le tolérer lorsque le pays ferma ses frontières en 1635. Pendant plus de deux siècles, c’est sur une île artificielle de 120 mètres sur 75 que fut réduite l’unique présence extérieure alors admise, celle d’une société hollandaise.

La ville a gardé de nombreuses traces de ses contacts passés. Certaines sont clairement perceptibles, d’autres difficilement saisissables. Mais en repensant à la montre de tout à l’heure, un fait certain vient à l’esprit : le temps fait son œuvre.

Depuis 1945, Nagasaki est une ville qui s’est admirablement bien reconstruite.

1) Homme obèse en français.

2) L’époque géorgienne est la période historique anglaise allant de 1714 à 1830. En 1832 commence l’époque victorienne, qui s’achève en 1901.

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